Êtes-vous argent ou pouvoir ?

Pourquoi est-ce si difficile pour un cédant d’amorcer le processus de transmission de son entreprise ? Il y a plusieurs raisons, autant émotives que financières. Je crois que quelques unes d’entre elles sont liées aux motivations profondes qui amènent les entrepreneurs à se lancer en affaires. Et celles-ci ont des effets importants une fois l’heure de la retraite venue.

 

La première raison pour laquelle on démarre sa propre affaire est le désir d’être son propre patron, d’être « le seul maître à bord après Dieu », de ne plus avoir à relever de quiconque. Que ce soit suite à un conflit avec le plus récent patron, à une mésentente sur des objectifs ou des moyens à prendre pour les atteindre, à des visions différentes sur l’avenir de l’entreprise ou à des évaluations divergentes de la qualité du travail accompli. Et vous pouvez sûrement en trouver une foule d’autres, incluant les vôtres. Les psychologues pourraient même trouver des motivations enfouies depuis l’enfance. Quelle qu’en soit la raison, dorénavant, « personne ne me dira quoi faire, quand, comment et pourquoi le faire, JE décide ».

 

La deuxième raison est le désir de faire fortune, de pouvoir jouir du résultat de ses efforts, de son audace et de ses bons coups. L’entrepreneur démarrera sa propre affaire pour profiter financièrement de l’idée de génie qu’il a eue ou du produit révolutionnaire qui le hante depuis toujours. Certains, moins aventureux, vendront leur idée ou rechercheront des associés. Mais l’entrepreneur dans l’âme, convaincu qu’il peut réussir seul et pouvoir être le seul à en bénéficier, ne voudra pas partager son profit avec un partenaire.

 

Il y a aussi ceux qui recherchent à la fois le pouvoir et l’argent. Ils sont plus rares, les gens étant en général plus attirés par l’un que par l’autre. Dans tous les cas, il faut avoir la flamme entrepreneuriale et le goût du risque.

 

Qu’arrive-t-il au moment de la transmission de l’entreprise ? Il est très difficile pour le premier de se retirer et de laisser ce pouvoir qu’il exerce depuis toujours sur tout ce qui touche l’entreprise. Qui sera à la hauteur de ce pouvoir décisionnel ultime sur son bien, sur sa création ? Et son contrôle s’exercera sur qui et sur quoi dorénavant s’il n’est plus dans l’entreprise ? Sombres perspectives pour celui à qui on propose de laisser, même graduellement, ce rôle de patron absolu.

 

Par contre, dans l’autre cas, comme l’objectif est d’abord financier, il y a des chances qu’au fil des années l’entrepreneur ait partagé la responsabilité de certaines fonctions. Qu’ils soient responsables de la production ou des ventes, ses employés bénéficient vraisemblablement de plus d’autonomie dans la mesure où les résultats sont au rendez-vous. Le patron aura plus de facilité à se dissocier de ces responsabilités, incluant son rôle de président, puisque son statut l’importe moins que son compte en banque, même au moment de la retraite.

 

L’aspect émotif du transfert d’entreprise vient d’après moi en grande partie de ce pouvoir dont l’entrepreneur ne veut pas se départir parce que c’est sa raison de vivre professionnelle depuis tout ce temps. L’émotion est beaucoup moins présente chez celui dont la motivation est d’abord financière, encore faut-il que le prix de vente soit adéquat !

 Publier un commentaire